Ceux qui ont fréquenté de près où de loin des psychologues ou des bancs de fac de psycho auront certainement entendu parler de cette fameuse notion (récurrente ? centrale ?) : le "cadre" de l'entretien psychologique.
Souvent invoqué dans le contexte thérapeutique, le cadre répond à un ensemble de définitions bien précises. Au fil de la réflexion suivante, je parle d'intervention psychologique en englobant à la fois la pratique thérapeutique, mais aussi d'autres pratiques moins connues comme l'étude de phénomènes sociaux, et toute relation d'aide dans le champ de compétences du psychologue.
Qu'est-ce que le "cadre déontologique" en psychologie ?
Avant tout, afin de protéger le patient et lui donner la possibilité d'espérer les meilleurs résultats possibles, un "cadre" déontologique définit les limites du possible dans l'entretien. Les relations entre thérapeute et consultant, voire entre tout psychologue - quelle que soit sa spécialité - et interviewé répondent à un certain nombre de règles édictées par le code de déontologie de la profession :
A chaque méthode, un cadre...
L'existence d'un cadre au cours de l'entretien psychologique a également pour but de définir les méthodes employées, en fonction du choix de thérapie, par exemples :
Les choix concernant ces points sont faits par le praticien en fonction de la problématique (du patient/de l'interviewé), des compétences particulières du praticien en fonction des conséquences qu'il prédit. Bien sûr, le choix peut toujours être expliqué et discuté avec le patient.
"Je ne me sens pas compris par mon psy ... "
Notion souvent abstraite et pourtant invoquée par les praticiens, le "cadre" en psychologie est souvent perçu par le patient comme une bouée de sauvetage auquel le praticien s'accroche, un frein à la réparation des dégâts psychologiques vécus par le patient.
Prenons une métaphore, celle de l'"éléphant dans le magasin de porcelaine" : lorsqu'il y a de la casse, la vendeuse de porcelaine se fiche de parler de l'éléphant, ce qu'elle souhaite c'est bien de réparer les dégâts. La psychologie propose différents niveaux de traitement pour une problématique :
Les attentes du patient peuvent se situer à n'importe lequel de ces niveaux de travail psychologique, et le choix du praticien à un niveau encore différent. Inutile de dire alors pourquoi nombre de patients repartent, dépités, de consultations psychologiques en ayant eu le sentiment qu'"on ne les comprenait pas"!
L'interprétation du cadre dans la pratique psychologique tend souvent a ne pas tolérer de concessions a l'égard des règles, à maintenir une certaine rigidité. Ce qui est d'autant plus paradoxal que la pratique thérapeutique attend de la part du patient qu'il assouplisse son propre mode de fonctionnement au profit d'une remise en question. Véritable chamboulement dans la personnalité, le système de valeurs de l'individu et jusqu'à l'image de soi, l'entretien psychologique donne parfois un sentiment d'investissement asymétrique. Ce qui est le cas, en réalité, car heureusement pour le praticien il ne sue pas sang et eau à chaque entretien avec un patient, comme peut parfois le faire un patient qui se livre...
L'écriture, une méthode parfois rejetée
L'écriture est bénéfique lorsqu'elle est volontaire. Si elle est rejetée par le praticien c'est qu'il la considère probablement hors de son champ de compétence ou hors des objectifs qui ont été fixés : ennemie du discours spontané, l'écriture peut être vue comme un discours trop construit, rationalisant, auto rassurant.
En réalité, certaines personnes ont moins de pudeur a rédiger leurs impressions que de les parler. Alors que d'autres développent des aptitudes au discours, oral - à l'argumentation telle - qu'elles peuvent fournir un récit riche sans que l'on puisse discerner la part d interprétation, de déni, de reconstruction du vécu préalable. Lorsque tout se tient...
Le cadre en débat...
Méthode éprouvée et a la fois garde-corps de la pratique le cadre est comme une bible, un coran. Ensemble de préceptes, le cadre définit les limites a ne pas dépasser pour soi, son intégrité et celle de l'autre.
Mais on comprend plus difficilement le lien qui unit le respect du cadre avec l'objectif de réussite thérapeutique / d'expression, du patient. Le cadre trop rigide est susceptible de bloquer, d'annuler la possibilité d'interaction. Pour différentes raisons d'abord : le patient n'est pas toujours le commanditaire de sa thérapie, (idem pour un interviewé dans la version sociale de la pratique psychologique). Il peut être un acteur motivé un jour, ébranlé, fatigué, choqué le lendemain. L'objectif est-il alors de maintenir le cadre envers et contre-tout ou de maintenir le lien d'échange, de confiance?
Le cadre entre psy et patient ressemble à la relation qui unit enfants et parents : des interdits fondamentaux, des valeurs de respect de l intégrité mutuelle et des principes généraux qui en régissent le fonctionnement. Si l'interdit est inflexible, le principe de fonctionnement lui, est adaptable selon le besoin et les circonstances Lorsqu'un enfant est malade, un parent est capable d'assouplir le cadre et d'accepter exceptionnellement que l'enfant mange des sucreries, plutôt que de le voir refuser toute nourriture.
To "cadre" or not to "cadre", là est la question.
Dans ma pratique de psychologue sociale, il m'est arrivé de pratiquer des entretiens sur le lieu de travail. Au diable le cadre ? Non. En réalité, la mission menée auprès d'Assistantes Maternelles en crèche visait à diagnostiquer un "trouble à grande échelle" si l'on peut dire : l'usure professionnelle...
Le strict respect du cadre aurait exigé que chaque entretien se fasse isolément, dans une pièce meublée pour un entretien, au calme. Mais la réalité de terrain ne permet pas toujours de prélever un employé de son activité en cours, dans la mesure où il s'agit d'une crèche aux effectifs réduits, avec la responsabilité de jeunes enfants. Que faire ? Refuser d'intervenir si des moyens ne sont pas mis par le commanditaire pour libérer les Assistantes ? Imposer la méthode sur le terrain ? Dans un cas comme celui-ci, le non-respect du cadre m'a permis de m'installer au cœur de la crèche, et les Assistantes pouvaient faire partager leur récit en direct, "en montrant" ce dont elles voulaient parler, par la présence des enfants. Mises en confiance, la méthode a permis une étude non-intrusive auprès des Assistantes maternelles.
Il est alors légitime de se demander si la qualité d'une intervention psychologique ne dépend pas avant tout de son acceptation, et donc en matière de cadre, de capacité à assouplir, personnaliser l'intervention. Et pourtant, en pratique et d'après les récits de patients, on en est encore loin (à méditer...)
Lien :
Code de déontologie des psychologues
vendredi 30 mai 2008
Le cadre de l'entretien psychologique
Tags
psychologie,
société
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PATRIMOINE : Les "Arêtes de poisson" lyonnaises
Lyon, patrimoine de l'UNESCO et également ma chère petite ville natale, est entrain de faire face à un grand projet de chantier : un tunnel sera bientôt creusé dans la fameuse colline de la Croix-Rousse, détruisant ainsi des galeries et grottes souterraines, du 17ème siècle, baptisées "Arêtes de poisson" ou "réseau des fantasques"...
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